lundi 21 décembre 2015

Martinique Jazz Festival - Focus sur Maleïka Project et China Moses


 Comme le montre le titre, nous sommes allées au Martinique Jazz Festival le 29 Novembre 2015, dernier jour de la manifestation organisée par Tropic Atrium.
Si nous regrettons de n'avoir pu assister aux précédentes journées, celle du 29 a été particulièrement riche en découvertes et en surprises d'où notre choix d'en faire notre premier article.

 Tout d'abord il faut placer les choses dans leur contexte: le cadre quasi onirique du Domaine de la Pagerie a mis en valeur les artistes qui se produisaient. De plus, le fait de changer de lieu, de décors, au cours de la la journée (passer du côté habitation au côté jardin) a été amusant.

 Au programme de la journée, quatre représentations: Maleïka Project (Martinique/Guadeloupe), Cynthia Abraham (Guadeloupe/France), Charlotte Wassy (Cameroun/Caraïbes) et China Moses (Etats-Unis).

 Nous avons choisi de faire un focus sur Maleïka Project et China Moses car il est vrai que parmi ces artistes, à notre avis, elles ont réussi à se démarquer par leur style musical. 
 A vrai dire, quelques soucis de logistique nous ont empêché de profiter des spectacles de Cynthia Abraham et Charlotte Wassy. La file d'attente pour le déjeuner (car il s'agissait avant-tout d'un Jazz-Brunch) était très longue pour finalement se contenter de restes ! (nous avons littéralement fait 2 heures de queue pendant que les artistes se produisaient pour n'avoir, au final que des résidus de poulet avec du pain et les remarques désagréables d'un employé du sous-traitant).

Quelques photos pour vous donner une idée du cadre :



















Revenons à nos moutons (parole de petits cochons!)

MALEIKA PROJECT


 Maleïka Project a ouvert les festivités en présentant un style musical novateur, plutôt méconnu en Martinique puisque très peu diffusé.
 Leur musique, pourtant ancrée dans ce que l'on nommera le "groove antillais", est née à l'Ecole des Métiers de la Musique dans le froid de Tourcoing (*glaglagla*). Ils ont su réchauffer la timide assemblée qui se tenait autour d'eux.
 Nous avons eu l'idée d'interviewer les membres du groupe, nous leur avons posé une simple question: Quelles sont leurs influences?
 A cela ils nous ont donné la réponse tant attendue... Ils avaient pour la plupart des influences très variées, un "melting pot" regroupant des artistes de tous horizons les inspirant sur le plan musical ou pour leur personnalité: aux Etats-Unis (Erykah Badu, Nina Simone ou le groupe de fusion instrumentale Snarky Puppy), en Jamaïque (Sizzla, Jah Cure, Turbulence...), en Martinique et en Guadeloupe (Paille, Admiral T, Jocelyne Béroard...), en Allemagne (Gentleman).
 La chanson du groupe qui nous a le plus plu a sans doute été "Lady Lilas" car le mélange reggae/jazz, la beauté des paroles et la voix de Maleïka forme un tout qui à notre avis, résume bien l'image du groupe.
Maleika Project ou une belle promesse pour l'avenir de la musique Antillaise: "I'm West Indian, I wanna share it around the world".


L'avis de Roxane

 D'ordinaire, je n'écoute pas de musique antillaise, et je n'aime pas particulièrement le créole (certains crieront au blasphème) mais Maleïka Project m'a vendu du rêve, si bien que j'avais très envie d'acheter leur album.
 Je crois que la raison pour laquelle j'ai apprécié cette prestation est le "charisme sans chichis" du groupe et je vous vois déjà venir..."Qu'est ce que le charisme sans chichis?", me direz-vous.
Eh bien... Le "charisme sans chichis" c'est le talent, couplé à une personnalité sympathique et une approche du public totalement décomplexée. Là on était carrément a 3 mètres de Maleïka Project, assis sur un petit tapis et on se sentait vraiment comme avec un groupe d'amis qui nous demande de juger une démo.
 En somme, une ouverture de festival à mon avis au top.

L'avis de Walatta

 En ce qui me concerne, j'ai été réellement subjuguée par la performance et la qualité musicale du groupe. Je dois avouer que j'étais relativement (pour ne pas dire beaucoup) sceptique sur cette présentation. Je m'attendais à une musique déjà entendue de trop nombreuses fois: arrangements simplistes avec deux notes "rappelant le pays" et une voix dont on se lasserait au bout de deux morceaux. Il est vrai que je ne savais absolument rien du groupe, et mon scepticisme s'est pris une claque monumentale. Cette première performance à insufflé une bonne dose d'énergie à la journée un peu comme un café matinal.(toujours penser nourriture évidemment). 
 Pour finir je tiens à dire que la prestation et l'occupation de la scène était vraiment bien. Cela donnait un sentiment de proximité avec les artistes et avec la musique en elle même. De plus la prestance de Maleïka captivait le regard (et là je ne parle même pas de sa magnifique voix grave). 
J'ai envie de dire que cette prestation m'a fait ressentir quelque chose qui ne m'était pas inconnu, quelque chose que m'ont fait ressentir  des artistes comme "soft", "mizikopays" ou Victor O par leur chaleur et leur musique, une musique antillaise qui se revisite et qui évolue avec son temps.  Évolution avec le temps, trait important, atout de Maleïka Project. En effet, si ce groupe reprend des classiques de grands  noms tels que Mona, Jocelyne Beroard ou même Jah Cure, ils savent y mettre leur petite note personnelle et faire voyager l'œuvre à travers le temps. 









CHINA MOSES


 China Moses quant à elle, a clôturé avec brio la journée. Il n'est plus nécessaire de la présenter, son talent est mondialement reconnu. Sa prestation était digne de sa réputation: une présence scénique terrible, une bonne relation avec le public et bien sûr une voix remarquable (du côté des voix graves, on a été servies!).
 Après le spectacle, la surprise était de taille, nous avons aussi pu interroger China Moses ... surveillées de près par son  mari (et on vous jure, il était prêt à nous bondir dessus pour récupérer sa femme...).
Alors nous lui avons donc posé notre célèbre question: qu'elles sont vos influences, vos inspirations?
Voici sa réponse:
"Vous avez du temps? Parce que c'est une vie qui m'a inspiré, c'est une vie! Vous avez quel âge ?(15 et 17 ans) Eh bien à votre âge j'avais déjà signé mon premier contrat , je faisais ma propre musique. Je suis née dedans, donc la musique je l'ai toujours entendu, j'imagine que vous aussi vous avez toujours entendu la musique.  Donc si on  demande quelles sont vos inspirations, c'est genre : euuuuh ça dépend quelle époque...alors à votre âge j'adorais Alanis Morissette qui est une chanteuse de rock et aussi j'aimais beaucoup le Rap j'écoutais beaucoup beaucoup d'hip-hop, ainsi que de la soul: Money Love, Queen Latifah , MC Lite et je peux continuer pendant des heures et des heures. Et, même si ma mère faisait du jazz, c'est grâce à ces disques, à ces sons que j'ai découvert de  le jazz. Après j'ai découvert Minie Ripperton, Ron Carter et des chanteuses de blues comme Coco Taylor et après je suis arrivée en France à l'âge de huit ans et là j'ai découvert Les Negresses Vertes, les Rita Mitsouko. C'est incroyable ! Quand je suis arrivée, dans le top 50,  il y avait du rap, du rock mais du VRAI rock...*interruption d'une dizaine de minutes (les artistes ayant des obligations même en dehors de la scène)*. 
Donc je disais que j'avais été influencée  toute ma vie par plein plein d'artistes, bien sûr principalement par la musique afro américaine parce que je suis noire américaine mais quand je suis arrivée en France j'ai découvert la musique antillaise,la musique camerounaise,la musique guinéenne. J'ai appris qu'il ne fallait pas dire que la musique camerounaise était comme la musique Ghanéenne parce qu'il y a des trucs qui sont différents. J'ai découvert un monde:la musique arabe, la musique éthiopienne. J'ai eu la chance de grandir dans un espèce de melting-pot merveilleux même si ça ne ressort que dans quelques endroits de ma musique, j'essaye de tout garder. "
Nous lui avons ensuite fait part du fait que nous trouvions en elle un petit côté Ella Fitzgerald tout en gardant son propre style. Et à cela nous avons balancé sur la deuxième question: Est ce que durant sa carrière on a essayé d'influencer, de modifier son style musical à ses dépends. 
Voici sa réponse:
"J'ai eu la grande chance d'avoir été élevée par des parents totalement fous, pleinement artistiques  et qui croient pleinement dans la liberté de leurs enfants, c'est-à-dire: tu fais ce que tu veux. Donc même si j'ai signé mon premier contrat à quinze ans, ma mère n'a jamais mis son nez dans ma musique. Et j'ai fait mon propre chemin, c'est un peu comme les mamans oiseaux qui apprennent à leurs petits oisillons à voler, tu sais, en les poussant du nid , tu sais, d'en haut: vas y vole, vas y,ah ouais tu t'es fais mal ,vas y remonte tu revoleras. C'est un peu comme ça que j'ai appris donc,certes il y a des gens dans l'industrie qui m'ont poussé,qui ont voulu que je fasse des trucs un peu plus pop, des duos avec certaines personnes. Mais j'ai essayé de vraiment suivre mes envies.  Mais j'ai fait une connerie, j'ai fait une grosse connerie, j'ai traîné beaucoup dans le monde du rap français, j'ai fait beaucoup de featurings avec des groupes de rap et des rappeurs comme 113, Nèg' Marrons... J'en ai fait plein. Et dans ce milieu là, même si on a un amour de la musique, (moi j'avais une connaissance, pas plus grande, mais un peu plus élargie) et parce que l'on veut toujours trouver sa tribu,  j'ai pas osé mettre en avant ces choses là, et c'est la plus grosse connerie que j'ai faite. C'est-à-dire qu'en essayant d' être acceptée, j'ai fait des choses qui m'ont vachement plu, mais je me suis limitée. 
 Parce que à côté j'aurais pu être en train de faire des albums de jazz, des trucs de funk mais je voulais être cool, être dans le truc de mes amis, de tous les gens de mon âge, je faisais des trucs de rap, je chantais les refrains sur des trucs de rap,et je me suis freinée artistiquement pendant très longtemps. Alors les gens qui disent qu'ils vivent sans regrets (alors euh ouais bref)... 
 Mon plus grand regret c'est ça, MAIS  il n'est jamais trop tard... *les regrets permettent d'avancer en quelque sorte (Roxane)* ouais, c'est ça, tant qu'on les remarque."
 Et cette fin de réponse a été la meilleure transition possible pour notre dernière question qui était: Quels étaient ses plans pour le futur. 
"Je veux...là je veux aller manger (même China Moses pense repas, nous vous l'avions dit: MANGER C'EST LA VIE ;))*apparition du mari de China Moses, perturbant au passage l'interview(il devait avoir faim lui aussi, mais son intervention était très marrante quoique déconcentrante, sans rancune :))je veux juste continuer à faire de la musique encore, voilà.C'est ma vie, c'est ma passion alors voilà je vais encore continuer d'en vivre et faire plein de projets avec d'autres artistes, voilà, collaborer"
 C'est sur cette note à l'image du personnage que notre (épique?) interview s'est clôturée.


L'avis de Roxane

 China Moses est un coup de cœur, une voix tellement suave et si bien maîtrisée que j'ai totalement fondu.
 Je l'ai prise en photo sous tous les angles parce que tout était excellent, elle et ses musiciens m'ont transformée en fangirl, d'autant plus que son "american accent" avait du chien (avouez que c'est stylé). C'est vraiment une femme agréable qui m'a donné envie de redécouvrir le Jazz parce que mon approche de celui-ci était très "classique", je connaissais bien Ella Fitzgerald, Peggy Lee, Sarah Vaughan, Billie Holiday et autres Dinah Washington qui certes, sont de grandes figures du Jazz mais il ne faut pas oublier qu'il y a de très bons artistes de Jazz de nos jours, et, pour ma part, je n'avais pris la peine d'écouter que le groupe américain Pink Martini, que je vous conseille d'ailleurs fortement.
 En somme, China Moses a été la petite cerise qui fait toute la différence sur un gâteau.


L'avis de Walatta

 Comment commencer? Pour parler de la prestation de China Moses, le début est difficile. Donner son avis sur une si grande artiste donne du fil à retordre à mes neurones. Il est vrai que contrairement à Maléïka project, je m'attendais déjà à quelque chose de sublime.  La prestation a été très propre à l'image de sa musique.  Et si parfois ce genre de remarque peuvent être perçues comme des reproches venant de moi, ce n'est pas le cas ici. 
 J'avais l'impression d'être en Louisiane (ne me demandez pas pourquoi) buvant un thé accompagné d'excellents beignets , tout en me laissant bercer par la contrebasse, et le piano d'un bon jazz avec la voix grave de China en fond. Je ne vois pas l'utilité de m'étaler plus longtemps sur sa qualité musicale,par contre parler de sa présence sur scène me semble bien plus passionnant. Encore une fois, China Moses s'est montrée excellente. Sa manière de communiquer avec le public, de faire de la scène son terrain de jeu ou son salon, a mis en valeur sa musique et à permis de captiver un peu plus l'attention des spectateurs. Le fait qu'elle explique parfois l'origine de ses œuvres me donnait parfois l'impression de "rentrer" tout simplement dans le morceau. Pour finir j'aimerais parler de China Moses en elle même, c'est une personne généreuse et qui malgré sa notoriété reste simple.C'est un très beau personnage attachant et délicieux.  (Continuons dans le monde de la nourriture)
Ah, et je ne peux point finir sans parler de l'interview qui a été un moment merveilleux de partage. Nous avons beaucoup ri, China Moses (et son mari?), Roxane et moi, cela a été un très beau moment. 
Et pour définitivement conclure( oui cette fois j'ai fini): j'ai ressenti encore un peu plus d'affection pour cette belle famille d'artistes lorsque j'ai appris que la mère de Madame Moses, est née le même jour que moi soit le 27 Mai. (Désolée pour ma petite note égocentrique, mais il fallait le dire^^")
Ce fut donc sur cette délicieuse note que se clôtura le festival. 


 Pourquoi a-t-on pris autant de temps pour écrire cet article ?
Tout simplement car nous sommes très préoccupées par nos parcours scolaires  respectifs et que l'on a des activités très prenantes.
 Nous sommes sincèrement désolées pour le temps que ça a pris.

Nous vous souhaitons de joyeuses fêtes. 
Kiss kiss, petits lecteurs ;)